Journée mondiale du sida : dépistage insuffisant, encore trop de méconnaissance

L'ECDC constate que, malgré les progrès fait ces dernières années dans le dépistage et le traitement des personnes séropositives, le diagnostic intervient souvent trop tard. De son côté, le CRIPS Ile-de-France, constate que les Français méconnaissent encore beaucoup de données sur le Sida.

Par Sophie HOGUIN, publié le 30 novembre 2023

Journée mondiale du sida : dépistage insuffisant, encore trop de méconnaissance

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et le bureau pour l’Europe de l’OMS lancent un appel d’urgence à l’occasion de la publication d’un rapport de surveillance du sida dans la région “Europe de l’OMS”. Concluant que les progrès en matière de diagnostic et de prévention ne pourront aboutir que si la stigmatisation des malades du Sida et des personnes séropositives ne cessera pas, tant dans les services de santé que dans la société en générale.

Plus de cas détectés, une bonne nouvelle !

La directrice de l’ECDC, le Dr Andrea Ammon, a l’origine de cette boutage explique ainsi que :”Bien qu’une augmentation du nombre de diagnostics en 2022 puisse sembler être une mauvaise chose, c’est la preuve que nous allons dans la bonne direction, car de nombreuses personnes vivant avec le VIH ont un meilleur accès aux services de dépistage, de traitement et de soutien dont elles ont besoin. Mais nous pouvons et devons faire plus. Plus d’une personne sur 10 vivant avec le VIH dans l’UE/EEE n’est toujours pas au courant de son statut, ce qui contribue aux diagnostics tardifs que nous observons, à l’aggravation des résultats et à la propagation continue du VIH ». Elle a ajouté : « Rien qu’au cours de la dernière année, 1 personne sur 6 vivant avec le VIH a évité les services de santé par peur d’être traitée différemment. La stigmatisation dans les établissements de soins de santé entraîne l’évitement des services de santé, ce qui contribue à son tour au diagnostic et au traitement tardifs du VIH.”

Des dépistages trop tardifs

Le nouveau rapport révèle les disparités régionales présentes dans la Région européenne de l’OMS avec 71,6 % (79 144) des nouveaux diagnostics dans l’Est, contre 20,3 % dans l’Ouest (22 397) et seulement 8,1 % dans le centre de la région (8 945). Sur les 110 486 diagnostics en 2022, 22 995 l’ont été dans l’UE/EEE. En France, le nombre de cas tourne autour de 5000 par an depuis plusieurs années. Pour 2022, y compris avec un nombre de sérologie de dépistage en augmentation. Dans toute l’Europe, plus de la moitié des diagnostics de VIH arrivent trop tard, avec un compte de CD4 inférieur à 350 cellules/mm3 indiquant qu’il est urgent d’explorer les raisons qui empêchent  personnes d’accéder à des tests et à des soins en temps opportun.

L’information, un levier incontournable

Pour que le diagnostic arrive plus tôt, pour éviter les stigmatisations, pour réussir à endiguer l’épidémie, en France, l’information est un levier incontournable de la lutte contre le VIH. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida le 1Er décembre, le Crips Île-de-France (Centre régional d’information et de prévention du sida et pour la santé des jeunes) a ainsi dévoilé les résultats d’une étude (Harris Interactive) sur les Français et la lutte contre le VIH.

Un niveau d’information fragile

Si les Français se déclarent bien informés (80%), voire très bien informés (17%), quand on vérifie leurs connaissances, cette information apparaît bien plus fragile. Ainsi, deux tiers de Français pensent que le préservatif est l’unique mode de prévention contre le VIH, plus de la moitié ignore qu’une personne séropositive qui suit correctement son traitement ne transmet pas le VIH et 45% qu’il existe un traitement préventif afin d’éviter d’être contaminé par le VIH.

Concernant le dépistage du VIH, seule une courte majorité de Français déclare savoir qu’il est gratuit dans tous les laboratoires d’analyses médicales (59%), et ne nécessite pas d’ordonnance (57%).

L’école, lieu privilégié de prévention ?

L’étude révèle que “la prévention en milieu scolaire, vecteur d’information majeur sur le VIH, encore insuffisante aux yeux de nombreux parents (43%). Pour presque la moitié des Français interrogés, le renforcement de la prévention en milieu scolaire apparaît comme le levier d’action prioritaire pour améliorer le niveau d’information sur le VIH. Loin devant l’augmentation du nombre de campagnes dans les médias (20%). Le CRIPS rappelle à cet effet qu’il faudrait que les trois séances d’éducation à la sexualité prévues dans la loi du 4 juillet 2001 soient respectées.

C’est aux professionnels de santé d’aller vers les patients

Les Français considèrent que c’est le rôle de ces professionnels de santé de parler de la prévention et du dépistage, et tout particulièrement celui du médecin généraliste (93%). Mais, ils sont seulement un tiers à en parler avec leur médecin au moins de temps en temps. Plus de 2/3 d’entre eux (68%) souhaiteraient pourtant que les professionnels de santé leur posent des questions de routine sur la santé liée à leur sexualité, à l’instar de ce qui est déjà fait en matière de tabagisme ou d’alcoologie. Une volonté d’autant plus appuyée chez les moins de 35 ans (73%).

 

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